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Autrefois symbole d'un statut social, le bijou devient miroir de l'intime. Dans le coffret de ces dames, le diamant côtoie désormais pierres fines et jolies fantaisies acquises sur un coup de coeur. Car les femmes sont de plus en plus nombreuses à s'offrir à elles-mêmes ces précieux plaisirs. Qu'attendez-vous messieurs...
Etes-vous plutôt jean ou plutôt diam's? Les deux, mon capitaine! En excellente connaisseuse des humeurs de notre temps, Françoise Serralta, «planneur stratégique» au bureau de style parisien Peclers, est catégorique: «C'est une véritable petite révolution qui se joue aujourd'hui entre les femmes et les bijoux. Désormais, celles-ci ne les réservent plus aux grandes occasions, portent leurs diamants pour aller travailler, sur une tenue toute simple, zappent de l'un à l'autre, elles en jouent et osent même se les offrir. Le bijou ne revêt plus le caractère intouchable, presque sacré, d'autrefois, il est descendu de son piédestal pour entrer dans l'ère de la cool attitude.»
Quel chemin parcouru! Car s'ils pouvaient parler, les bijoux nous raconteraient une époque où les femmes les arboraient comme une panoplie, plus ou moins luxueuse, plus ou moins complète. Alliance, bague de fiançailles, colliers, montre, boucles d’oreilles... «C'était le trousseau indispensable à toute femme, note l'ethnologue Patrizia Ciambelli, auteur de bijoux à secrets (éditions de la Maison des sciences de l'homme). «Il fallait respecter des codes, implicitement connus de tous - on ne porte pas n'importe lequel à n'importe quel âge - et l'acquisition de ces pièces suivait pas à pas l'accession à la féminité.» De la femme, les bijoux disaient beaucoup, et au premier coup d'oeil: statut, degré de maturité, appartenance sociale et même, pour les observateurs perspicaces, niveau du compte en banque de l'époux. Ils disaient surtout: «Voyez, je suis une femme aimée.»
Bien évidemment, ce bijou-là - preuve d'amour, diamant éternel, héritage familial - existe toujours. Mais il ne fait plus l'objet, de la part des femmes, d'une affection exclusive. Dans les coffrets des coquettes, il côtoie à présent le bijou coup de coeur acheté toute seule rue de la Paix, la très belle fantaisie - signée Goossens, Pellini ou Casoar - qui va si bien avec la dernière robe à la mode, les nombreuses breloques à accrocher sur un bracelet ou à une chaîne, habilement rebaptisées charms par les bijoutiers. «Aujourd'hui, presque tout est permis, estime Patrizia Ciambelli, la modernité se caractérise par une valorisation de l'individu qui s'accorde mal avec la soumission à des normes rigides de comportement: chacun se veut, se croit doté d'une singularité, qu'il entend exprimer par la manière dont il se présente au regard des autres. La préférence pour tel ou tel bijou est souvent justifiée par l'adéquation à sa propre personnalité.». Et voilà comment une businesswoman quadragénaire porte au cou un nounours en or, gaminerie impensable il y a seulement dix ans! Cette liberté, alliée à la volonté de se distinguer, explique, selon l'ethnologue, l'engouement pour les beaux accessoires exotiques et ceux dits fantaisie. En fait, la frontière qui sépare ces différents genres est on ne peut plus floue: à côté des bijoux faits d'or, d'argent, de platine et de pierres précieuses et des magnifiques pièces façonnées par les nouveaux créateurs autour de la tourmaline, de l'améthyste ou du grenat (voir page 20) sont apparues des merveilles de préciosité, réalisées à partir de matériaux moins nobles. Charles Akessoul, Ivan Michelson, David Ferchaux et quelques autres travaillent si bien l'argent, la pâte de verre, la nacre, l'opale rose, ébène ou les perles de rivière qu'ils hissent colliers, boucles d’oreilles ou bracelets, souvent des pièces uniques, au rang de bijoux. Après tout, nos académiciens n'ont-ils pas défini celui-ci comme «un petit objet ouvragé, précieux par la matière ou par le travail et servant à la parure»?
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